La méthode de l'association libre

Cette méthode est suggérée par Freud en 1892 au cours du traitement d'Emmy von N.

Elle va progressivement remplacer  la méthode cathartique mise au point avec J. Breuer. Il s'agissait là d'obtenir sous hypnose une décharge, une libération, d'une charge d'énergie liée à une situation traumatique. Sur le modèle de la tragédie antique (la catharsis visait la purification des passions mauvaises), le but du thérapeute était la reviviscence, sous le mode de la crise, d'une situation traumatique afin de libérer les affects associés.

C'est dans le cadre la cure avec Emmy von N que Freud se fait enseigner par elle de la nécessité de cesser d'intervenir continûment sur le cours de ses pensées et de la laisser parler librement. Cette méthode devient le moyen privilégié d'investigation de l'inconscient. Elle devient dès lors la règle fondamentale de la cure psychanalytique : le patient doit exprimer toutes ses pensées, ses idées, images, émotions, telles qu'elles se présentent à lui, sans sélection aucune, même si ces matériaux lui apparaissent incohérents, impudiques, impertinents ou dépourvus d'intérêts.

On soulignera le pas considérable que représente ce renversement de la position de l'analyste. Il ne s'agit plus d'intervenir sur le mode traditionnel de la médecine : désintoxiquer, ôter le corps étranger pathogène, couper  le membre malade, mais de laisser le champ libre à la parole du patient dans ce qu'elle peut avoir d'imprévisible ou de déroutant pour le médecin lui-même.

L'accent se trouve déplacé sur les phénomènes de langage, sur les chaînes symboliques spécifiques de chaque sujet. Dans le même temps c'est tout le champ du savoir du médecin qui se trouve modifié. Le travail de l'analyste se fonde désormais sur une écoute flottante destinée à entendre dans le discours du patient, au delà de la conversation ou de l'argumentaire,  ce qui fait écho au matériel refoulé lui-même et à ce qui relève de l'ordre du fantasme.

L'introduction de la méthode de l'association libre est l'acte fondateur de la psychanalyse.

Freud théorise la libre association sur le modèle des processus du rêve et de l'acte manqué. Toutes les formations de l'inconscient (dont le symptôme) sont réglées par des enchaînements langagiers rigoureux : substitution, déplacement, condensation, jeux d'homophonie, etc.

Il reviendra à Lacan de systématiser toute cette problématique en la recentrant sur le concept de signifiant. Il reprend en effet, en le transformant, ce concept saussurien pour rendre compte de ce que la psychanalyse accentue au premier chef : l'autonomie du signifiant. Le signifiant au sens lacanien est à concevoir comme détaché du référent, mais également  de toute articulation au signifié. Les signifiants sont soumis à un certain nombre de règles combinatoires qu'on retrouve particulièrement dans le tropes (figures de rhétorique) du langage. Lacan mettra particulièrement l'accent sur la métaphore et la métonymie là où Freud avait mis en évidence respectivement les phénomènes de condensation et de déplacement.

Mais si le signifiant est à entendre comme autonome par rapport à la signification, il prend alors une autre fonction que celle de signifier : celle de représenter le sujet et de le déterminer.


Lectures :
Laplanche et Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, P.U.F, 1967
Chemama et all., Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1993
J. Dor, Introduction à la lecture de Lacan, livre I, Denoël

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