LES GRANDS AUTEURS

Sandor FERENCZI   (1873-1933)
Marie BONAPARTE  (1882-1962)
Mélanie KLEIN  (1882-1960)
Alfred ADLER (1870-1937)
Karl ABRAHAM (1877-1925)
Ernest JONES (1879-1958)
Anna FREUD  (1895-1982)
Karen HORNEY  (1885-1952)
Bruno BETTELHEIM  (1903-1990)
Heinz KOHUT (1913-1981)
Heinz HARTMANN (1894-1970)
Donald W. WINNICOTT (1896-1971)
Jacques LACAN (1901-1981)
Françoise DOLTO  (1908-1988)
Maud MANNONI (1923- 1998 )

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Sandor FERENCZI   (1873-1933)

Médecin hongrois, Ferenczi se lie à Freud dès 1906, et restera un disciple fidèle autant qu'un ami proche de celui-ci. Le rayonnement de la psychanalyse en Hongrie permet à Ferenczi d'ouvrir une clinique, et d'en réaliser un enseignement à l'Université. 

Ses innovations les plus originales concernent surtout la technique psychanalytique. Il prône dans un premier temps la nécessité d'une technique active, destinée à empêcher la déperdition de l'énergie psychique dans des voies substitutives au cours de la cure. Puis, devant les difficultés rencontrées, et face au constat du rôle considérable que jouent les désirs inconscients de l'analyste pendant la cure, il invente "l'analyse mutuelle" qui entraîne une interchangeabilité des places et rôles dans la relation analytique.

Peu suivies aujourd'hui, ces méthodes témoignent toutefois d'une conscience vive du rôle du désir de l'analyste dans le processus analytique. Sur le plan théorique, Ferenczi dégage une nouvelle science, la "bioanalyse", extension de la psychanalyse à la biologie, centrée sur la question des origines. Dans Thalassa, psychanalyse des origines de la vie sexuelle (1924), il interprète l'existence intra-utérine comme la répétition des formes antérieures de vie marine. Mais il contribue également à l'étude des relations primaires mère-enfant, ce qui sera repris par d'autres auteurs.

À partir de 1923, une séparation progressive s'opère avec Freud, sur la base d'un terrain affectif complexe et de divergences doctrinales.

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 Marie BONAPARTE

Fille du prince Roland Bonaparte et épouse du Prince Georges de Grèce et du Danemark.

Analysée par Freud, elle devient en France, où elle est déléguée par celui-ci, cofondatrice de la Société Psychanalytique de Paris en 1926.

Elle lance la Revue Française de Psychanalyse l'année suivante. Marie Bonaparte fut la traductrice des premiers textes de Freud en français. Elle a laissé également une œuvre théorique, dont plusieurs textes sur la sexualité féminine Sexualité de la femme (1951) font encore référence aujourd'hui. On lui doit également un essai analytique sur la biographie et l’oeuvre d'Edgar Poe, et deux ouvrages essentiels : Introduction à la théorie des instincts (1934) et Psychanalyse et anthropologie (1952).

Son nom reste à jamais attaché à l'histoire de la psychanalyse, car c'est elle qui, en 1938, aidera Freud et sa famille à fuir une Autriche nazifiée et à se réfugier en Grande-Bretagne.

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Mélanie KLEIN  (1882-1960)

Analysée pour partie par S. Ferenczi, puis par K. Abraham, Mélanie s'installe à Londres en 1927 sur les conseils du chef de file de la Société Britannique de Psychanalyse, Ernest Jones. Elle y enseigne et y fonde une école.

Dès 1938, un très violent conflit l'oppose à Anna Freud.
Celui-ci porte sur les critères d'analysabilité des enfants. Anna refuse en effet d'admettre qu'un transfert est possible pour un enfant dans la cure, et elle se veut plutôt tenante d'une position éducative. Mélanie défend au contraire que les mécanismes et les concepts que Freud a découvert chez l'adulte sont tout à fait transposables chez l'enfant : la cure y a le même sens de mise à jour de l'inconscient.

Par contre, les méthodes changent: si la libre association verbale est difficile à favoriser chez l'enfant, Mélanie suggère d'être "à l'écoute" du jeu spontané de celui-ci, et de réaliser l'interprétation à partir du "matériel" émis (thème du jeu, imaginaire, événements joués et type d'histoire, expression des personnages, etc.).

Mélanie Klein donne toute son importance au Complexe d'Œdipe, mais elle en fait une structure prégénitale, antérieure donc à ce que Freud pouvait en concevoir. Sur le plan théorique, elle promeut l'existence de deux positions fondamentales chez l'enfant : position schizo-paranoïde et position dépressive. 

La première correspond à une angoisse et à des mécanismes archaïques liés à un morcellement des parties du corps (objets partiels), projetés sur autrui avec retour sur un mode persécutif. La seconde correspond aux conséquences de l'unification de la figure maternelle et à l'acceptation d'une perte nécessaire. Les deux positions concernent fondamentalement le rapport aux deux objets partiels fondamentaux que sont le sein et le pénis. L'enfant cherche en effet à dépouiller la mère du pénis paternel qu'elle est sensée posséder. Par ailleurs, cette mère est au départ considérée comme agent castrateur, elle est celle qui peut démembrer et châtrer, ôter de force les fèces de l'enfant. Les défenses mises en œuvre dans ces processus sont essentiellement celles du clivage de l'objet (en un côté bon et un côté mauvais), de l'identification projective (attribution de sa propre pulsion à l'autre). 


Mélanie Klein donne toute sa place au sentiment de l'envie chez l'enfant, comme désir d'avoir ce que l'autre semble posséder, quitte à le détruire pour cela. Enfin, elle identifie le besoin de réparation face à la culpabilité d'avoir agressé, morcelé l'objet, et à la crainte fantasmatique d'attitudes rétorsives.

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Alfred ADLER (1870-1937)
Médecin viennois, il est un des tout premiers disciples à se joindre à Freud, et participe au premier congrès de psychanalyse à Salzbourg en 1908.

Cependant Adler élabore progressivement une théorie de la vie psychique bâtie autour du rapport dominant-dominé. Il pense que l'on peut rendre compte des phénomènes inconscients à partir du sentiment d'infériorité qui résulte de l'état de dépendance vécue dans l'enfance. Ces sentiments d'infériorité sont compensés par une volonté de puissance. Dans ces conditions, Œdipe n'est qu'une symbolisation d'une problématique plus fondamentale liée pour le petit garçon à la recherche d'une compensation à son infériorité physique dans son désir de dominer la mère. Par voie de conséquence, Adler ne partage pas l'opinion freudienne sur le rôle étiologique de la pulsion sexuelle dans l'éclosion des névroses.

Il se sépare, à partir de 1910, du mouvement psychanalytique et fonde son propre groupe. Il intitule sa théorie: Psychologie Individuelle.
Deux ouvrages sont à citer : Le tempérament nerveux (1912) et Théorie et pratique de la Psychologie individuelle (1918)

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Karl ABRAHAM (1877-1925)

Après de brillantes études de médecine, Abraham obtient un poste à l'Hôpital Psychiatrique de Zurich.

Il y travaille auprès de E. Bleuler. Il y est initié à la psychanalyse par C.G.Jung. Il entre en relation avec Freud en 1907, et devient tout de suite un proche collaborateur et un ami intime. Il fonde en 1910 l'Association Psychanalytique de Berlin, première branche de l'IPA (International Psycho-analytic Association), dont il devient président en 1925. Sous sa houlette, Berlin devient un centre majeur de formation en psychanalyse, grâce à la fondation d'une polyclinique. 

De nombreux analystes de la deuxième génération y ont acquis une partie de leur formation. Sur le plan théorique, la contribution d'Abraham est essentielle : on lui doit une étude différentielle sur les stades prégénitaux, la définition des mécanismes d'introjection et d'incorporation, mais aussi le concept d'"objet partiel" (qui sera repris et développé par M. Klein). Abraham se situe à la source du développement des écoles anglaises et américaines de psychanalyse. 

Il a écrit, entre autres, Rêve et Mythe en 1909, Examen de l'étape la plus précoce de la libido en 1916. A noter la richesse de sa correspondance avec Freud.

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C.G. JUNG  (1875-1961)

Fils de pasteur, il devient médecin et entre au Burghölzli, l'hôpital psychiatrique de Zurich alors dirigé par Bleuler. En 1902-1903, il effectue un stage à Paris auprès de P. Janet.

Bleuler lui fait connaître les travaux de Freud, avec qui une intense relation s'inaugure lors de leur rencontre en 1907. Jung connaît une ascension fulgurante dans le cercle naissant de la psychanalyse.

Il accompagne Freud dans son voyage aux États-Unis en 1909, et devient le premier président de l'Association Psychanalytique Internationale en 1910. Jung est alors présenté comme le dauphin de Freud. Mais il apparaît progressivement à Freud que Jung est porteur de réticences quant au rôle de la sexualité dans le développement psychique.
A partir de 1912, ce dernier prend de plus en plus de distance dans ses écrits, ce qui entraîne une violente rupture qui se concrétise en 1914 par la démission de Jung de tous les postes qu'il occupait.

Il donne à sa méthode le nom de "Psychologie analytique". La thérapie jungienne vise pour le sujet l'accession véritable à soi, les retrouvailles avec les racines et la conscience des exigences des archétypes. Il reconnaît, au-delà de l'inconscient individuel, un inconscient collectif résultant de l'accumulation des expériences millénaires de l'humanité. Celui-ci s'exprime à travers des archétypes, c'est à dire des formes d'expression privilégiées qui se rencontrent dans toutes les cultures.

Dans une deuxième époque de sa vie (Psychologie et alchimie, 1944), Jung, plus distancié de la clinique, s'attache au domaine de la spiritualité et de l'ésotérisme.

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Ernest JONES (1879-1958)

Médecin et neurologue britannique, Jones s'intéresse très tôt à la psychanalyse et rencontre Freud au Congrès de psychanalyse de Salzbourg en 1908. Nommé professeur de psychiatrie à l'Université de Toronto, il contribue pendant trois ans à faire connaître la psychanalyse en Amérique du Nord.

Analysé par Ferenczi, il s'installe finalement à Londres et fonde la London Psychoanalytical Society. Il consacre le reste de sa vie à veiller sur l’oeuvre de Freud. Jones est un pionnier de la psychanalyse, mais il reste une figure centrale depuis la parution de sa monumentale biographie de Freud : La vie et l’oeuvre de S. Freud. 

Ses travaux théoriques touchent à de multiples disciplines culturelles : archéologie, linguistique, art. Sa théorie du symbolisme exposée en 1948 intéressera particulièrement les successeurs, dont Lacan, qui en fera un large commentaire.

Il introduit le terme d'aphanisis pour rendre compte du phénomène de disparition du désir sexuel. L'aphanisis serait, dans les deux sexes, l'objet d'une crainte plus fondamentale que la castration. La castration devient la façon dont se présente concrètement l'idée plus générale d'aphanisis.
Un noyau commun existerait entre la sexualité du garçon et de la fille, serait à chercher, selon Jones, en deçà du Complexe d'Œdipe, dans l'aphanisis.

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Anna FREUD  (1895-1982) 

Dernière née des enfants de Freud, Anna est la seule parmi ceux-ci à entreprendre une carrière de psychanalyste, à la suite d'une analyse avec son père.

Elle exerce tout d'abord dans une aile de l'appartement de son père, à Vienne. Par ailleurs, elle tient la présidence de l'Institut de Formation Psychanalytique de Vienne de 1925 à 1938, date à laquelle elle se réfugie avec sa famille à Londres. 
Elle fonde à Londres la Hampstead Clinic, un lieu de traitement et de recherche pour la psychanalyse des enfants. Une controverse particulièrement intense l'oppose à Mélanie Klein sur la nature des interventions de l'analyste dans la cure des enfants, et sur le sens même de cette cure pour eux.

Anna Freud pense notamment que la possibilité d'un transfert sur l'analyste se trouve limitée chez l'enfant du fait que celui-ci est précisément en train de vivre, dans la réalité, des sentiments œdipiens ambivalents vis à vis de ses parents. Aussi tend-elle vers une conception de la cure à valeur plus éducative. 

Elle publie en 1937 Le moi et les mécanismes de défense. A partir d'exemples concrets, elle décrit la variété et l'extension des mécanismes de défense portant non seulement sur les revendications pulsionnelles, mais sur tout ce qui peut susciter un développement d'angoisse: refoulement, isolation, formation réactionnelle, introjection, retournement en son contraire, identification à l'agresseur, etc.

Dans un autre ouvrage essentiel publié en 1965, Le normal et le pathologique, Anna s'attache à repérer les mécanismes à l’oeuvre dans la structuration de l'enfant, et ceux qui relèvent de la psychopathologie.

Sur le plan organisationnel, Anna Freud joue un rôle majeur dans le développement de l'IPA (International Psychoanalytic Association).

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Karen HORNEY  (1885-1952)

D'origine allemande, elle devient, après sa formation psychanalytique, secrétaire de l'Institut psychanalytique de Berlin. Elle émigre aux États-Unis en 1932, où elle dirige l'Institut de psychanalyse de Chicago. Elle fonde plus tard, en 1941, l'Institut américain de psychanalyse.

Elle prend progressivement une distance avec la pratique orthodoxe freudienne, et entreprend une révision de la théorie en ce qui concerne le rôle de la libido et le sujet de la sexualité féminine. Elle remet notamment en cause la notion freudienne d'envie de pénis.

Influencée par les conceptions adlériennes, elle développe une pensée centrée sur la question du social et du culturel, orientée en cela par des travaux ethnologiques et une critique issue du marxisme. Elle rejette l'étiologie sexuelle des névroses au profit de l'importance de facteurs culturels dans la genèse des troubles.

Deux ouvrages témoignent de l'écart de point de vue entre le début et la fin de sa carrière : Le complexe de virilité des femmes (1927) et Neurosis and human growth: the struggle towards self-realization (1950).

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Bruno BETTELHEIM  (1903-1990)

Après des études médicales et psychologiques, il acquiert une formation psychanalytique. Au tout début de la deuxième guerre mondiale, il est déporté en tant que juif à Dachau et Buchenwald.

Libéré au bout d'une année, il parvient à émigrer aux États-Unis et s'installe à Chicago.

Bettelheim rend compte dans plusieurs ouvrages, et tout au long de sa vie, de cette expérience et de la constatation que certaines victimes, en situation extrême, se déshumanisaient dans un effort colossal de protection et de défense (Individual and mass behaviour in extrême situation 1943 ; Le cœur conscient 1960 ; Survivre 1979).

Il devient professeur d'éducation, puis de psychiatrie à l'Université de Chicago, et prend la direction de l'Institut Orthogénique de Chicago en 1947, établissement spécialisé dans le traitement des enfants en difficulté.

Il fait rapidement le rapport entre la situation des enfants autistes qu'il est amené à rencontrer et celle des victimes de l'holocauste. Le manque d'humanisation pouvait être une réponse normale face à une situation de danger extrême.
L'École orthogénique se proposait, tout en reposant sur des idées psychanalytiques, de donner à ces enfants un environnement réparateur. L'Institut était pensé comme un lieu isolé des pressions extérieures et parentales.

Pour Bettelheim, l'autisme est la conséquence d'un incident précoce survenu dans la relation à la mère. Cette conception allait soulever de nombreuses critiques, car beaucoup lui ont reproché de culpabiliser les parents d'enfants psychotiques.

La méthode thérapeutique utilisée est marquée par une volonté de laisser au maximum l'enfant face à ses choix, même s'il y a tendance à la régression ou au repliement, de façon à ce qu'il accède de lui-même, et à son rythme, à l'autre et au monde.

Bruno Bettelheim est devenu une véritable vedette aux États-Unis, et ses livres ont été des succès de librairie. Notons entre autres La forteresse vide 1967, Un lieu pour renaître 1974, Psychanalyse des contes de fée 1976.

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HeinzKOHUT (1913-1981)

Viennois d'origine, il s'établit à Chicago en 1940. Il entame là une carrière prestigieuse de professeur d'université, puis de membre de l'Institut de Psychanalyse. Il connaît particulièrement la gloire à partir des années 60, à la suite de sa théorisation connue sous le nom de "self-psychology".

Sa pensée se situe dans le sillage de celle de Franz Alexander. Kohut s'attache à décrire le développement du narcissisme, et introduit pour cela des concepts nouveaux (self-object, etc.). Le narcissisme est conçu comme indépendant de la relation objectale.

De nombreuses critiques s'élèvent cependant, dont celles de Kernberg, pour dénoncer ses conceptions théoriques, mais aussi sa pratique clinique conçue comme de nature à favoriser l'idéalisation de l'analyste. Les thèses de Kohut sont aujourd'hui reprises par les penseurs du courant humaniste.

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Heinz HARTMANN (1894-1970)

Émigré aux États-Unis au moment de la montée du nazisme, Hartmann occupe une place essentielle dans le développement de la psychanalyse américaine.

Il travaille avec Kris et Loewenstein autour d'une conception psychanalytique de la personne, pensée dans sa totalité. Très vite, il centre son étude sur la question du Moi et de ses fonctions, ainsi que sur les stratégies d'adaptation à l'environnement social.
Il produit le concept de "Moi autonome", qui se situe hors champ de la psychanalyse dans la mesure où il s'agit d'une instance qui n'est pas conflictualisable au sein de l'appareil psychique.

La psychanalyse américaine s'est largement modelée autour des thèses d'Hartmann sur la "psychologie du Moi".
D'une certaine manière, un pas est franchi par rapport à la théorie freudienne, car l'étiologie des névroses n'est plus conçue en lien avec la psycho-sexualité, mais est présentée comme dépendante des facteurs d'adaptation à la réalité.

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Donald Woods WINNICOTT (1896-1971)

Après des études de pédiatrie, il travaille à partir de 1923 au Paddigton Green Children Hospital de Londres. Par ailleurs, après une analyse personnelle, il devient membre de la Société Britannique de Psychanalyse et sera appelé à en assurer la présidence à partir de 1956. Il restera attaché au courant du kleinisme.


D'abord connu pour ses prises de position contre les électrochocs en psychiatrie, il se dirige vers une recherche d'adaptation de la technique psychanalytique aux troubles de la relation mère-enfant qu'il observe cliniquement.

Dégageant tout d'abord le concept de "mère suffisamment bonne", il indique que le vrai self de l'enfant ne vient au jour que s'il y a réussite des réponses répétées de la mère à ses manifestations. Une capacité d'illusion peut alors s'exprimer, portant sur une réalité extérieure ne faisant pas barrière à l'omnipotence. Le nourrisson peut percevoir cette réalité comme malléable, magique, et jouer avec elle. C'est du reste par le biais du jeu que s'instaurent les fondements de la formation symbolique.
Winnicott distingue le "vrai self", véritable somme de la vie sensori-motrice et base de l'organisation mentale de l'individu, et le "faux-self" qui est une défense contre un défaut d'identification de la mère avec son nourrisson. Le "faux-self" se caractérise par une soumission aux exigences de l'environnement, et une propension à l'imitation. Dans la cure analytique, le "faux-self" peut donner lieu à une analyse interminable.

Winnicott s'attache ensuite à définir ce qu'il appelle ‘l'agression’, concept assez proche de celui d'agressivité, et cherche à en décrire la genèse. L'agressivité précède pour lui l'intégration du Moi, et conduit l'enfant à la recherche d'objets externes.
ll introduit la notion ‘d'objet transitionnel’, et plus généralement de ‘phénomènes transitionnels’, à partir de l'observation du fait que les premiers objets possédés par l'enfant (les "doudous", etc.)  ne sont ni du dehors, ni du dedans, mais sont néanmoins des supports pour penser, imaginer et fantasmer. Ils appartiennent à une aire d'illusion transitionnelle qui n'est ni liée au corps de l'enfant, ni à la réalité extérieure.

L'objet est donc davantage créé que trouvé, et la mise en place d'une aire d'illusion se traduira plus tard dans l'aptitude à la création, notamment artistique ou religieuse.
Les principaux ouvrages de Winnicott son t:
 

            • De la pédiatrie à la psychanalyse. 1957
            • L'enfant et sa famille. 1957
            • L'enfant et le monde extérieur. 1957
            • Jeu et réalité. 1971
            • La consultation thérapeutique et l'enfant. 1971

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Jacques LACAN (1901-1981)

Enfant de la bourgeoisie catholique parisienne, Jacques-Marie Lacan devient psychiatre et est formé à l'hôpital Sainte-Anne. Ses premières études sont consacrées à des cas de paranoïa féminine, et sont articulées à la théorie psychanalytique. Lacan s'intéresse particulièrement à la relation imaginaire entre l'homme et son semblable, et dégage en 1936 la théorie du ‘stade du miroir’, dans  lequel le sujet, se vivant au départ comme morcelé, anticipe dans l'objet spéculaire sa propre unité.

Au début des années 50, Lacan commence à réaliser le vaste projet d'une "relecture" de l’oeuvre freudienne à partir de disciplines comme la linguistique, le structuralisme et les mathématiques. Il en vient à dégager l'ordre du ‘symbolique’ conçu comme une structure langagière déterminante pour le sujet.
"L'inconscient est structuré comme un langage".

L'existence de manques dans le symbolique et dans l'imaginaire l'amène ensuite à dégager un troisième ordre: celui du ‘réel’.
Le désir est conçu comme identique à une métonymie: causé par un objet relevant du réel (objet a), il se déplace vers des objets toujours nouveaux, porté par des signifiants faisant chaîne entre eux. Le symptôme est par contre relié à la métaphore et renvoie à du signifiant refoulé.

Dans le cas de la psychose, Lacan repère une non-inscription fondamentale dans le symbolique, celle du ‘Nom-du-Père’, signifiant paternel dont le destin, dans la névrose, est celui de venir barrer le désir maternel. Il y a forclusion du ‘Nom-du-Père’ dans la psychose.

Le rapport du sujet de l'inconscient à l'objet du désir est traité par Lacan tout au long de 26 années de Séminaires, et donne lieu à un travail autour de la logique, de la topologie et de la théorie des nœuds.
Lacan est amené à connaître une exclusion de l'Association psychanalytique internationale pour des raisons d'aménagement du temps des séances analytiques.

Pour lui, le temps de la séance ne peut relever du temps objectif, celui des 45 minutes de la cure orthodoxe, mais consiste en un temps subjectif, élastique, en relation avec le dire et les points de butée de l'analysant. Les séances lacaniennes peuvent ainsi être plus courtes, et souvent ponctuées par une intervention de l'analyste ayant pour fonction de relancer les associations d'une séance à l'autre.

Il publie en 1966 le recueil des Écrits, ensemble de textes rédigés depuis 1936. Les Séminaires de Lacan, dans les années 70, attirent un large public cultivé, et lui confèrent des heures de gloire.

Il crée l'École freudienne de Paris en 1963, institue la procédure de la ‘passe’ comme moyen de témoigner du passage de l'analysant à l'analyste, institue encore le travail de ‘cartel’ comme base de fonctionnement de son école (travail à trois ou quatre personnes plus une).

Lacan dissout son école en 1980 pour mettre un terme à certains effets de groupe, et fonde l' École de la Cause Freudienne dont son gendre, Jacques-Alain Miller, assure la présidence depuis sa mort, en septembre 1981.

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Françoise DOLTO  (1908-1988)

Elle entreprend des études de médecine avec le projet de devenir "médecin d'éducation", et donc de travailler dans le secteur de l'enfance.

Elle mène une analyse avec René Laforgue, un des pionniers de la psychanalyse en France. Par ailleurs, elle rencontre J. Lacan à l'hôpital Sainte-Anne, et de solides liens d'amitié s'établissent entre eux.

Si, au départ, son but est de venir en aide aux parents et aux éducateurs, elle devient rapidement une grande clinicienne avec des qualités d'intuition et de compréhension profonde de l'univers enfantin. Ces particularités apparaissent déjà dans son premier ouvrage majeur : Psychanalyse et pédiatrie, en 1938. Elle s'affilie à l'École freudienne de Paris peu après sa fondation par Lacan, mais elle restera toujours distante de l'enseignement du maître, sans toutefois le renier. En fait, elle utilise les catégories freudiennes et lacaniennes, et se forge ses propres concepts.

Elle introduit notamment le concept de ‘castration symboligène’ pour rendre compte de la rupture nécessaire, avec les effets de sublimation qui en découlent, d'un stade de développement à un autre. Elle distingue les castrations ombilicale, orale, anale et œdipienne. Ces castrations humanisantes successives sont apportées par la mère, et ont pour effet de couper l'enfant du corps à corps avec elle, et de l'amener sur la voie de son propre désir. Elles permettent l'accès au langage, à l'autonomie corporelle. La castration œdipienne porte sur l'interdit de l'inceste et des séductions à caractère sexuel avec les adultes.
On note toutefois qu'à la différence des modèles freudiens et lacaniens, la castration symbolique n'apparaît pas issue de la loi du père, mais est liée, pour chaque stade, à l'existence d'un don : le don d'une coupure avec la mère.

Par ailleurs, Dolto rend compte du développement de l'image du corps chez l'enfant à partir du discours maternel sur les besoins et les jouissances du corps. Une dimension érotique s'en trouve dégagée, et verbalisée dans la communication avec la mère. Les conceptions de Dolto sont liées à l'idée qu'il existe un bon maternage. La mère, si elle est suffisamment sécurisante, instaure une zone de nirvana que recherchera l'enfant, voire l'adulte, à chaque fois qu'il sera confronté à des tensions ou à de l'angoisse.
La place du père est assez peu évoquée dans l’œuvre de Dolto, alors que, paradoxalement, elle consacrera une étude aux textes religieux dans laquelle le père symbolique qu'est Dieu a bien sûr une place fondamentale (L'évangile au risque de la psychanalyse 1977).

Enfin, Dolto devient une personnalité médiatique à partir de sa participation à des émissions de radio, mais aussi de la parution de nombreux ouvrages défendant avec vigueur la "cause des enfants". Citons Au jeu du désir en 1981, L'image inconsciente du corps et La cause des adolescents

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Maud MANNONI (1923- 1998 )

Psychanalyste et écrivain d'origine néerlandaise, elle rend compte à l'aide concepts de J. Lacan, de F. Dolto et de D.W. Winnicott, du travail de la cure avec des enfants. Elle s'intéresse particulièrement au problème des psychoses infantiles, et au statut de l'autisme.

Elle est à l'origine de la création, en 1969, d'une institution de soin ‘éclatée’, l'École expérimentale de Bonneuil, se voulant orientée sur l'extérieur de façon à favoriser une triangulation symbolique faisant précisément défaut pour les enfants accueillis.
Lieu d'accueil pour enfants et adolescents psychotiques, ou en grandes difficultés psychologiques, inspiré de l'anti-psychiatrie anglo-saxonne, Bonneuil est conçu pour favoriser la libération du sujet, de façon à lui donner la  possibilité de se trouver par un processus intérieur et spontané.

Maud Mannoni reste comme une personnalité marquante de la psychanalyse en France. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages devenus célèbres :

        • Le psychiatre, le fou et la psychanalyse. 1979
        • L'enfant arriéré et sa mère. 1964
        • Éducation impossible. 1973
        • L'enfant, sa maladie et les autres. 1967

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