Quelques grands textes de psychanalyse

Sigmund FREUD

Les études sur l’hystérie
Psychopathologie de la vie quotidienne
Trois essais sur la théorie de la sexualité
La Traumdeutung
Les cinq psychanalyses
Totem et Tabou
Au-delà du principe de plaisir

C.G. JUNG

Dialectique du Moi et de l’Inconscient

Mélanie KLEIN

Envie et gratitude

Anna FREUD

Le Moi et les mécanismes de défense

Donald W. WINNICOTT

De la pédiatrie à la psychanalyse

Françoise DOLTO

Psychanalyse et pédiatrie

Jacques LACAN

Les Écrits

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Mélanie KLEIN

Envie, gratitude et autres essais. (1957) Paris. Gallimard, 1968

L'envie — qui n'est pas le désir, au sens freudien — est à concevoir, selon M. Klein, comme une manifestation sadique orale et sadique anale des pulsions destructives à l'œuvre dès le début de la vie. L'auteur adhère au concept freudien de pulsion de mort, et s'attache à soutenir les conceptions pré-oedipiennes de K. Abraham.

M. Klein insiste sur la dimension innée de la relation au sein de la mère. L'objet sein apparaît, d'emblée, clivé en un bon et un mauvais objet. Le bon objet  est constitutif du noyau du Moi, mais l'envie peut venir rendre difficile son élaboration.

La réalité apparaît frustrante pour le nourrisson et les privations — inévitables — vont entraîner le sentiment que le sein garde tout pour lui. L'envie naît de cette perception. Seul l'enfant capable d'amour et de gratitude pourra protéger sa relation au sein contre les sentiments d'envie. La gratitude se trouve liée à la capacité innée d'aimer, mais aussi au sentiment de culpabilité.

Le conflit envie / culpabilité peut avoir des effets paralysants et développer une angoisse vive pendant la position schizo-paranoïde. Lorsque la position dépressive est installée, liée à la possibilité de se représenter la mère comme une totalité et à la crainte subséquente de l'endommager, le Moi devient davantage capable d'assumer la culpabilité.

Il existe une envie et une jalousie œdipienne. Mais l'Œdipe est aussi en mesure de donner lieu à une perlaboration de l'envie. 

Après l'exposé de quelques cas cliniques, M. Klein décrit l'ensemble des mécanismes de défense contre l'envie : l'idéalisation, la confusion, la fuite vers d'autres objets, la dévalorisation de l'objet, du Moi, la propension à activer l'envie chez autrui, l'acting out pendant la cure, les états de confusion mentale, etc.

En conclusion, l'auteur insiste sur la nécessité d'analyser l'envie, et elle précise que le but de l'analyse est l'intégration de la personnalité. Elle se soutient de la célèbre formule de Freud :"Wo es war, soll Ich werden"*. 
* "Là où c'était, Je dois advenir"

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Jacques LACAN

Écrits,  Éditions du Seuil. Paris. 1966

Lacan fait paraître en 1966 une importante compilation de ses articles et écrits antérieurs. Il lui donne le nom d'"Écrits". Le recueil s'ouvre sur le Séminaire de la Lettre Volée, qui n'est pourtant pas le texte le plus ancien. Lacan l'utilise car le message d'Edgard Poe, dans sa célèbre nouvelle, est homomorphe à sa démarche même, celle de montrer la division du sujet du fait même qu'un objet le traverse.

Les textes présentés balayent trente années du travail de Lacan. Certains sont antérieurs à la tenue de ses séminaires (à partir de 1952), d'autres concomitants. Voici les textes majeurs : 

Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je. C'est une reprise de l'article de Lacan de 1936, exposé au Congrès de Marienbad. Lacan y développe sa théorie de l'Imaginaire.

L'agressivité en psychanalyse. L'agressivité est mise en rapport avec l'identification narcissique. Celle-ci détermine la structure du Moi, et s'avère dépendante de la catégorie de l'espace.  Le temps logique. A partir du problème de logique des trois prisonniers *, Lacan met en évidence un sophisme concernant l'intersubjectivité. Trois temps logiques sont dégagés : l'instant de voir, le temps pour comprendre et le moment de conclure.

On montre 5 disques à trois prisonniers. Deux sont noirs et trois blancs. On fixe entre les épaules de chacun un de ces disques, sans que ceux-ci puissent en connaître la nature. Chaque prisonnier peut voir le disque des deux autres, mais pas le sien. Aucune communication n'est possible. Dès lors, le directeur de la prison propose de libérer celui qui établira logiquement la nature de son disque.

Fonction et champ de la parole et du langage. Texte fondamental où Lacan met en évidence la nature symbolique des productions de l'inconscient. La relation du langage à la parole est abordée, de même que la différence entre parole pleine et parole vide. La référence à la linguistique est constante. 

L'instance de la lettre dans l'inconscient depuis Freud. La linguistique saussurienne est ici convoquée pour rendre compte de la nature langagière de l'inconscient. Lacan effectue toutefois certaines torsions de la doctrine du grand linguiste suisse. Il affirme la prévalence du signifiant sur le signifié, et dégage certains rapprochements entre les tropes de la rhétorique et les mécanismes de l'inconscient. La métaphore se trouve rapprochée de la condensation et la métonymie du déplacement. 

D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose. C'est le texte d'introduction du concept de "forclusion", mécanisme spécifique de la psychose. La forclusion porte sur un signifiant particulier, le signifiant du Nom-du -Père, dont la fonction est normalement de venir barrer l'accès au désir de la mère. Ce concept (Verwerfung) est différencié de celui de refoulement (Verdrängung), typique de la névrose. 

Kant avec Sade. Lacan trouve chez ces deux auteurs une même exigence éthique. S'en dégagent les particularités du fantasme, et en particulier du fantasme dans la structure perverse. L'objet a, cause du désir, y est situé avec précision. 
Subversion du sujet et dialectique du désir (1960). Lacan commente son célèbre graphe du désir qui reprend, dans un continuum orienté par le manque-à-être, les différentes traversées de l'image de l'autre, du désir et de la Jouissance de l'Autre. 

La science et la vérité (1965). Ce texte clôt le recueil. Lacan présente le sujet de la science comme forclos, et différencie le discours scientifique du discours magique et du discours religieux.


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 Sigmund FREUD 

Les cinq psychanalyses PUF 1954

Freud présente cinq cas cliniques qui valent tant par la richesse de leur contenu que par l'élaboration théorique qu'elles autorisent pour la psychanalyse. 

Fragment d'une analyse d'hystérie (Dora) 

Freud reçoit en 1899 une jeune fille de 18 ans affectée de divers troubles somatiques. Une toux intense s'était notamment installée, et revenait par crises avec une période d'aphonie.
Dora expose ses relations affectives complexes avec un couple d'amis de son père, M. et Mme K. Si son père s'intéresse à Mme K, Dora se trouve courtisée depuis de nombreuses années par monsieur. Alors qu'elle avait quatorze ans, celui-ci l'avait attirée dans un piège et embrassée. Des troubles étaient alors apparus : dégoût, sensation de pression sur le corps, etc.

Freud rapporte ces derniers symptômes au baiser lui-même et à la sensation du membre de l'homme sur son corps. La toux nerveuse se trouve elle-même référée à un fantasme de fellation. Ce sont donc les modalités d'accès à la sexualité génitale qui sont ici en cause, et sur lesquelles porte le refoulement. Freud lie ces difficultés aux vicissitudes du complexe d'Œdipe de sa patiente et insiste particulièrement sur l'identification masculine dans un choix d'objet féminin. Ce texte consiste en une véritable clé d'accès à la compréhension de la névrose hystérique.

Analyse d'une phobie chez un petit garçon de cinq ans (Le petit Hans). 
Cas unique dans la clinique freudienne, le patient se trouve être un enfant qui, de plus, n'est pas rencontré directement par Freud. L'essentiel de l'élucidation de la problématique s'opère au cours d'entretiens avec le père de l'enfant.

Hans est porteur d'une phobie des chevaux : il craint d'être mordu par eux. L'analyse fait apparaître l'existence de motions agressives à l'endroit du père, qui sont secondairement retournées sur le petit Hans à partir du symbole paternel qu'est le cheval. Par ailleurs, Freud met en lumière le rôle de la croyance de l'enfant dans l'existence d'un pénis maternel, ce qui s'avère consister en une étape cruciale dans le développement général de l'Œdipe.

Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (L'Homme aux Rats).
Freud reçoit un jeune homme, de formation universitaire, qui souffre d'"appréhensions". Il craint qu'il n'arrive quelque chose à deux personnes qui lui sont très chères : son père et une dame aimée. Il souffre de certaines impulsions, telle que vouloir se trancher la gorge avec un rasoir.

Le malade apporte très vite le contenu d'un récit particulièrement cruel entendu récemment dans la bouche d'un militaire. Il s'agit d'un supplice dans lequel on fait pénétrer de force un rat dans le corps d'un condamné par l'anus. Le malade se montre extrêmement angoissé par cette évocation, mais en même temps semble ressentir "une jouissance par lui-même ignorée". D'autres données ont trait à l'impossibilité de s'acquitter d'une dette. L'angoisse surgit au fur et à mesure de la montée des obstacles au règlement d'une dette qui est pourtant souhaitée. Freud décrit magistralement la nature du doute obsessionnel, qui transparaît dans les obsessions et les compulsions. L'analyse associative à partir du récit du supplice met en lumière la constitution agressive anale du patient.

Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa(Le Président Schreber).
Freud a connaissance de l'ouvrage de D.P. Schreber, "Mémoires d'un névropathe" paru en 1903, dans lequel celui-ci décrit les manifestations de sa propre psychose.

Président de la Cour d'Appel de Dresde, Schreber sombre progressivement dans un système délirant, dans lequel il est investi d'un mission de sauvegarde monde. Relié à Dieu par les "nerfs de la volupté", il décrit sa transformation progressive en femme. Freud insiste sur la nécessité dans laquelle se trouve le malade de produire une fiction délirante comme tentative de guérison, face à la menace d'anéantissement du monde.

Freud défend encore une conception selon laquelle une homosexualité refoulée est agissante dans la paranoïa, diagnostic qu'il met en avant pour Schreber. Il met au jour une véritable grammaire des délires à partir d'une combinatoire de relations entre l'aimant, l'aimé, celui qui hait et celui qui est haï. 

Extrait de l'histoire d'une névrose infantile (L'Homme aux loups).
Freud reçoit un jeune homme de 18 ans qui connaît de graves problèmes de santé le rendant dépendant de son entourage et inadapté à la vie sociale. L'analyse va surtout porter sur la névrose infantile de ce patient, et va tourner autour d'un rêve fondamental fait par celui-ci aux environs de quatre ans. Le rêve a trait à l'image de cinq loups postés sur un arbre et regardant fixement l'enfant.
À partir du matériel associatif, Freud effectue avec son patient une véritable reconstruction analytique. Le rêve renvoie à des scènes de séduction réelles par une soeur, mais, aussi au spectacle entrevu de ses parents faisant l'amour. La vision de cette scène primitive eut pour effet de barrer toute évolution génitale et de fixer l'enfant à une organisation préœdipienne. La constatation brutale de la castration(supposée) de la mère, mais aussi de celle imaginée du père pendant l'acte sexuel, renvoient alors l'enfant à une vive angoisse de castration, et par régression à une expression pulsionnelle anale.

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Sigmund FREUD

Études sur l'hystérie (1895)

Freud écrit ce premier ouvrage avec Joseph Breuer, un médecin et ami, auquel il attribuera plus tard la paternité de la psychanalyse.

L'hystérie est conçue comme une névrose caractérisée par l'apparition de symptômes corporels paroxystiques (crises de nerfs ou crises convulsives) ou fixes (paralysies, contractures, troubles de la sensibilité). Les auteurs se penchent sur le cas de l'hystérie "traumatique" émanant d'un choc avec décharge d'émotions très intense. Ce traumatisme agit comme un véritable corps étranger et continue à jouer un rôle actif. L'hystérie se caractérise par une prédisposition à exprimer ses conflits affectifs inconscients sur la scène corporelle. La question de savoir si ces conflits sont portés par des représentations psychiques divise les deux auteurs.

Pour Breuer, "une partie seulement des manifestations est "idéogène", car il existe aussi une sensibilité toute particulière du système nerveux à réagir à une atteinte organique minime. Pour lui, l'hystérique souffre avant tout de réminiscences en raison de barrières de résistances trop faibles face à l'excitation émotionnelle. Certaines réactions morbides ravivent l'affect originel, c'est à dire réactivent l'état affectif à l'origine de la maladie. Cela ne se produit plus à partir du moment où il y a eu "abréaction", c'est à dire décharge de cet affect primordial.

Les conflits psychiques d'ordre sexuels apparaissent prédominants dans la genèse de l'hystérie. On parle d'hystérie de "défense" quand des représentations sexuelles se sont trouvé refoulées et que le sujet continue à les mettre à distance. Par ailleurs, la condition nécessaire à l'apparition de l'hystérie est la présence d'"états hypnoïdes", sortes d'états de conscience anormaux proches de l'hypnose. Les représentations liées à ces états restent séparées des autres contenus de la conscience.

Freud décrit de son côté la méthode "cathartique" comme moyen thérapeutique de libérer le malade de ses troubles en reproduisant l'émotion et le traumatisme qui les avait provoqués. Cette technique suppose le maniement de l'hypnose, mais Freud note ses difficultés à parvenir à endormir ses patients. Il note par ailleurs l'importance des réactions de défense du patient et ce qu'il appelle la "résistance". Il insiste sur l'origine sexuelle de l'hystérie, et le travail consiste à retrouver des réminiscences remisées hors de la conscience par l'intermédiaire de chaînes de représentations. Il s'agit de prendre à rebours le processus de l'hystérie et de rendre conscient le noyau de souvenirs traumatiques à l'origine de la maladie.

Des cas cliniques sont longuement analysés, et sont véritablement fondateurs de toute approche clinique en psychanalyse : Anna O., Emmy V.N., Elisabeth V.R., Miss Lucy et Katherina.

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 Sigmund FREUD

Psychopathologie de la vie quotidienne

Freud s'attache dans cet ouvrage fondateur à mettre en évidence le déterminisme inconscient de nombre de nos actes quotidiens, aux conséquences variables. Le livre fourmille d'exemples passionnants empruntés à la propre vie de Freud ou recueillis dans les récits de ses patients.

Une première partie de l'ouvrage traite de l'oubli des mots, noms propres et expressions étrangères. L'oubli renvoie toujours à l'existence d'une amnésie conditionnée par un refoulement préalable. Il en est ainsi de l'exemple majeur donné par Freud de l'oubli du nom "Signorelli". L'impossibilité pour celui-ci de produire au bon moment le nom du peintre des fresques d'Orvieto se trouve liée aux éléments de la conversation précédente avec un ami. Freud montre qu'il existe une chaîne associative inconsciente reliant ce nom avec l'idée de la mort et avec des pensées liées à la sexualité.

Un chapitre est consacré aux souvenirs d'enfance et aux "souvenirs-écrans". Il peut en effet se produire que nous gardions en mémoire une scène de notre première enfance dont nous considérons qu'elle est particulièrement anodine ou dépourvue d'intérêt. En fait, cette scène peut être en connexion symbolique avec un événement intense de notre vie affective frappé d'amnésie. Mais dans un autre cas, cette scène archaïque fait fonction d'écran à une scène ou à des préoccupations beaucoup plus récentes qui sont tombées sous le coup du refoulement.

Freud traite ensuite des lapsus sous les différents points de vue de la diction, de l'écriture et de la lecture. Là encore, le lapsus révèle la vérité du désir inconscient qui cherche à se dire malgré l'existence de forces contraires et refoulantes.

Enfin, bon nombre d'actes produits dans la réalité possèdent un sens pour l'inconscient, alors même qu'ils échappent à la lucidité de leurs auteurs. Freud dégage le concept ‘d'acte manqué’ pour caractériser ces actes contraires à la volonté première des sujets et qui donnent lieu à des accidents, à des méprises, à des maladresses...

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Sigmund FREUD

Trois essais sur la théorie de la sexualité (1905)

La première édition de ce livre paraît en 1905, et suscite immédiatement une vive réaction des tenants de l'ordre moral devant les assertions freudiennes sur la sexualité de l'enfant.

Freud traite dans le premier essai des aberrations sexuelles. Il établit un distinguo entre les "déviations" se rapportant à l'objet sexuel, et celles ayant trait aux buts sexuels. Le champ des perversions se trouve ainsi délimité, ce qui le conduit secondairement à explorer les modalités des pulsions partielles de la sexualité infantile. L'enfant est un "pervers polymorphe", ce qui explique le rôle que joue la sexualité perverse dans les différentes psychonévroses. 

Le second essai décrit et approfondit les phases de l'organisation sexuelle pendant l'enfance. Freud constate l'existence générale d'un auto-érotisme, et souligne le lien aux zones érogènes du corps. Il appelle prégénitales des organisations de la vie sexuelle précédant le primat des zones génitales. Se trouve distinguées une phase orale et une phase sadique-anale.

Le troisième essai est consacré aux transformations de la puberté. La pulsion sexuelle jusque là auto-érotique va tendre vers un objet sexuel. Toutes les pulsions partielles vont maintenant se ranger sous le primat de la zone génitale. Freud se pose le problème de la tension et de la détente au cours de l'acte sexuel, puis il développe la théorie de la libido. La libido, énergie de la pulsion sexuelle, est primitivement attachée au Moi (grand réservoir). Secondairement, elle se dirige vers les objets, et c'est alors qu'elle devient analysable.
Le destin du garçon et de la fille est analysé du point de vue du développement de la sexualité.
Freud termine en mettant en évidence la nature érotique et incestueuse de la relation du garçon pour la mère et de la fille pour le père. Les premiers pas du complexe d'Œdipe se trouvent jetés.

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 Sigmund FREUD

Totem et tabou (1913)

En se fondant sur les découvertes de grands ethnologues comme Frazer ou Spencer, Freud met en évidence l'importance de la prohibition de l'inceste dans toutes communautés humaines.

Chez les peuples primitifs, la peur de l'inceste donne lieu à toutes sortes d'institutions formelles, comme s'il fallait que l'interdit soit à la  auteur du puissant désir incestueux. Après des considérations sur les rapports entre tabous et mécanismes névrotiques, Freud passe en revue l'ensemble des objets ou personnes susceptibles d'être, dans les sociétés primitives, frappés de tabou. Une certaine ambivalence se dégage de l'objet tabou : à la fois sacré et impur. Par ailleurs, la pensée primitive est empreinte d'animisme, de toute-puissance des idées et a partie liée à la magie.

Le totem se distingue du fétiche en ce qu'il n'est jamais un objet unique, mais plutôt le représentant d'une espèce végétale, animale, plus rarement d'objets artificiels ou inanimés. Toutefois, l'animal-totem intervient fréquemment comme l'ancêtre du groupe, et il sert de base à la subdivision de celui-ci et à l'organisation du clan.

D'impérieux tabous existent à son endroit. Freud fait l'hypothèse que l'animal totémique figure symboliquement le père, ce qui explique à la fois la prohibition de le tuer et la nécessité d'épouser une femme du même totem. Nous sommes là au plus près des modalités du complexe d'Œdipe (tuer le père et épouser la mère). 

Freud relie ces éléments à la fiction darwinienne de l'existence originaire d'un père primitif tout-puissant, violent, jaloux, gardant toutes les femelles pour lui et éloignant les fils. Ce père, une fois tué par ses fils, se serait trouvé dévoré au cours d'un grand repas festif. Freud explique qu'après cet acte, les fils auraient été sujets à la culpabilité, se seraient dotés de lois et de règles, et auraient instauré l'exogamie.

C'est en tout cas la signification qu'il donne aux repas totémiques repérés par Frazer, au cours desquels l'animal-totem est tué et dévoré collectivement, non sans que lamentations et deuil soient exprimés. 

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Sigmund FREUD  

Au-delà du principe de plaisir (1920)

Sous l'influence du Moi, le principe de plaisir en vient à céder la place au principe de réalité. Mais le dernier reste assujetti au premier. Existe-t-il cependant d'autres sources de limitation au principe de plaisir ? 

Freud met en avant l'existence de névroses traumatiques, consécutives à un accident ou à des faits de guerre. Le malade a tendance à répéter l'événement traumatique, ce qui paraît contrevenir à la règle du principe de plaisir. Sont traumatiques les excitations extérieures qui viennent rompre les barrières de l'appareil psychique. Ce dernier, surpris par la soudaineté de l'agression, n'est pas en mesure de faire face.

Mais quels sont les rapports entre les tendances des pulsions et celles de la répétition ? Freud observe par ailleurs un jeune enfant de 5 ans, dont la mère vient de s'absenter. L'enfant se saisit d'une bobine et la rejette au loin en criant "o-o-o-o" (pour Fort en allemand qui signifie "loin").La bobine figure symboliquement la mère, et l'enfant joue la scène de départ de celle-ci comme s'il voulait s'en rendre maître. Il reproduit donc dans son jeu une impression pénible, mais ne vise-t-il pas en même temps un plaisir de maîtrise ?

Freud fait ressortir l'existence d'un dualisme des pulsions : il y a conflit entre les pulsions du Moi et les pulsions sexuelles, tendant au prolongement de la vie. Toutefois, le Moi lui-même consiste en un grand réservoir de libido primitive, et donc se range également, pour une part, au rang des pulsions sexuelles. 

Il convient plutôt de marquer l'opposition entre l'Éros, représenté par les pulsions sexuelles et la libido, et Thanatos, à entendre comme pulsion de mort dont le but est le retour à un état inanimé antérieur à la vie.

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Sigmund FREUD

Die Traumdeutung (L'interprétation des rêves) (1899-1900)

Livre fondamental de la psychanalyse paru au tout début de l'année 1900.

Freud commence par passer en revue les principaux courants de compréhension du rêve, puis il passe à l'examen de ses propres productions nocturnes. Il expose le contenu d'un de ses rêves devenu classique :"l'injection faite à Irma". Irma est une jeune patiente hystérique qui refuse l'interprétation que donne Freud de ses symptômes. Dans le rêve, il se voit examiner la gorge de celle-ci et détecter une infection.

Àpartir de ses productions associatives, Freud découvre sa soif de succès et une certaine culpabilité par rapport à des erreurs médicales antérieures. Mais en allant plus loin encore, il pointe une sorte d'ombilic lié aux idées de sexualité et de mort. Se trouve mis d'emblée en évidence la fonction de réalisation de souhaits du rêve. 

Mais le désir en jeu dans le rêve apparaît bien souvent masqué, et cela reste énigmatique. D'un autre côté, chez les enfants, on ne trouve pas forcément trace d'un déguisement du désir sous-jacent : le rêve est souvent chez eux l'expression d'un fantasme diurne. Freud distingue le contenu manifeste (les données explicites apportées par le rêveur) et le contenu latent (ensemble de données inconscientes à l'origine du rêve).

Le travail d'interprétation psychanalytique est bien de restituer le souhait refoulé. Freud nomme censure l'instance qui a le privilège d'accorder à la conscience l'accès de certaines tendances du sujet. Dans bien des cas, elle déforme l'expression de celles-ci. "Le rêve est un accomplissement (déguisé) d'un souhait (réprimé, refoulé)". Se pose la question du rêve d'angoisse qui paraît contrevenir à cette règle. Freud traite le cauchemar sur le même modèle que la phobie ou la névrose d'angoisse: un affect ressenti peut très bien ne pas être en rapport avec le contexte des éléments oniriques.

En un autre rêve classique, la "monographie botanique", Freud met en évidence son souhait d'indépendance par rapport à son père et à nouveau des sentiments de culpabilité. Les événements survenus récemment dans la vie du rêveur ne sont bien souvent à prendre en compte que comme allusion à des modalités de désir inconscient plus ancien. Le rêve est le gardien du sommeil et non son perturbateur, et la censure joue le rôle d'écarter les pensées qui pourraient venir troubler la quiétude du sujet. Le rêve est un rébus, à comprendre comme une totalité de signes, chacun emprunté à divers codes, et non comme une suite d'images indépendantes.

Freud nomme "surdétermination" la structure tramée en tout sens du rêve, la masse foisonnante des associations liées souvent à quelques pensées fondamentales. L'importance de la négation est soulignée, comme mécanisme du rêve permettant qu'une certaine part d'idées inconscientes puisse "passer" tout de même, même niées. D'autres déformations interviennent, comme le retournement en son contraire, le symbolisme (à ne pas entendre cependant comme une clé des songes) ou l'élaboration secondaire qui donne cohésion au matériel onirique. 

Le travail du rêve est une forme de pensée distincte de celle de la veille. Son but est de soustraire ce qui est rêvé à la censure. Freud se livre à une véritable métapsychologie dans son chapitre VII. Le rêve est pensé comme le substitut d'un scène infantile modifiée par transfert dans un domaine récent. Trois types de régression s'en dégagent : topique (d'une instance psychique vers une autre), temporelle (vers les satisfactions ayant existé dans le passé) et formelle (vers une expressivité primitive).

Le souhait du rêve a toujours un noyau infantile, et le désir en jeu consiste à réinvestir sans cesse une perception fondatrice où le sujet a connu une satisfaction. Freud isole un processus primaire lié au fonctionnement de l'inconscient (qui tend vers "l'identité de perception", et un processus secondaire caractéristique du préconscient (qui tend vers "l'identité de pensée"). 

L'inconscient est bien une réalité psychique, incontournable dans toute théorie des névroses, dont l'action est causale sur les modalités de la conscience. Loin de supprimer toute morale, sa connaissance rend lucide sur le sol où se dressent les vertus.

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Anna FREUD

Le Moi et les mécanismes de défense

L'auteur développe une conception du Moi comme observateur, régulateur et déclencheur.

Le Moi doit composer avec les exigences du Ça (réservoir des pulsions et des pensées refoulées), les impératifs du Surmoi (intériorisation des interdits) et la pression de la réalité extérieure. Le Moi cherche donc à se défendre pour maintenir l'intégrité de la personnalité.

Il a à sa disposition un certain nombre de mécanismes de défense, dont certains peuvent être conçus comme intellectuels (tels le refoulement, l'isolation, l'annulation rétroactive,...), alors que d'autres semblent relever de divers processus liés aux pulsions elles-mêmes (retournement en son contraire, régression, retournement contre soi,...). Le travail analytique, en levant les défenses, contraint les affects et les pulsions interdits à redevenir conscients et abandonne au Moi le soin d'effectuer de meilleures compositions avec eux. Le Moi peut chercher à nier la réalité pour échapper à l'angoisse, voire même favoriser la production de fantasmes pour le protéger. Cette voie peut cependant modifier de façon inquiétante le rapport du Moi avec la réalité, et peut dans certains cas, déboucher sur le délire et la psychose.

Au travers d'une multitude d'exemples portant sur de jeunes enfants, Anna Freud met en évidence l'impact de la négation par actes et paroles, de même que le recours à la rétraction du Moi. Elle étudie particulièrement deux types de défense : l'identification à l'agresseur (dont elle montre l'importance dans la formation du Surmoi) et la projection altruiste dans laquelle nous projetons nos sentiments et nos pulsions chez autrui (les conséquences peuvent en être la constitution d'un lien positif à autrui).

L'ouvrage se termine par des considérations sur les conflits entre le Moi et le Ça au moment de la puberté Le réveil pulsionnel pubertaire entraîne un surcroît de défense de la part du Moi. Des mécanismes comme l'idéalisation, l'intellectualisation et l'ascétisme se mettent en place. Les particularités de l'amour objectal et du processus identificatoire à la puberté sont analysés. Le Moi est vainqueur quand les mesures de défense sont efficaces, quand il parvient à limiter la production d'angoisse et de déplaisir, mais aussi à accorder aux pulsions une part de satisfaction.

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Carl Gustav JUNG

Dialectique du Moi et de l'Inconscient (1933)

Dans cet ouvrage synthétique, Jung donne une véritable topographie des strates en jeu dans l'appareil psychique.

Il part de la description de la "persona", comme image que le sujet cherche à promouvoir de lui-même dans la société. Le danger est grand de s'identifier à sa persona, et donc de s'aliéner dans un paraître. Pour Jung, l'âme humaine est constituée d'un faisceau de complexes, et le Moi est un de ceux-ci, directement en rapport avec le champ de la conscience. Dans le Moi semblent se trouver tous les contenus de la conscience.

Le titre de l’œuvre suggère que le Moi a à composer avec les complexes inconscients, qui relèvent de deux sources. D'un côté, il existe un inconscient personnel contenant des représentations issues du vécu individuel. Les représentations refoulées freudiennes en font partie, mais aussi toutes les pensées qui n'ont pas eu l'intensité nécessaire pour franchir le seuil de la conscience. Cet inconscient a une nature dynamique et tend sans cesse à grouper les représentations. Mais il existe d'autre part un inconscient collectif que Jung met notamment en lumière par l'analyse des rêves. C'est que la levée des refoulements n'empêche pas l'inconscient de s'exprimer et de travailler autour des rêves et des fantasmes. Ces derniers puisent dans un matériel qui dépasse l'individuel.

Il existe ainsi des archétypes, sortes d'images originelles subsistant comme trace en chacun d'un lointain passé de l'humanité. Ainsi des images de Dieu, du Diable, du sorcier...L'"anima" et l'"animus" sont deux archétypes fondamentaux particulièrement difficile à atteindre dans l'inconscient. Le premier a trait à la présence du féminin chez l'homme, alors que le second concerne la présence du masculin chez la femme. Ces deux archétypes sont projetés sur des êtres du monde extérieur qui sont dès lors perçus comme déformés par l'imaginaire.

L'individu doit en passer par une individuation qui suppose une libération de l'être par rapport aux déterminations de l'inconscient. Il s'agit de parvenir à une réalisation de soi-même. Mais ce cheminement n'est pas exempt d'embûches. La conquête de l'individualité passe par une différenciation rigoureuse d'avec la psyché collective. Pour ce faire, l'individu, ou le patient, doit s'autoriser à examiner le déroulement des processus inconscients qui émergent sous forme de fantasmes. Il s'agit d'y repérer les liens qui le déterminent et qui le rattache aux individus chez qui ils sont également inconscients.

Une fois l'anima surmontée, apparaît une nouvelle figure collective : celle de la "personnalité mana". Caractérisée par une force potentielle occulte et magique, celle-ci doit être surmontée pour parvenir à une véritable individuation.

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D.W. WINNICOTT  

De la pédiatrie à la psychanalyse

Dès les premiers mois de la vie, l'environnement de l'enfant doit être "suffisamment bon",  et le rôle de la mère s'avère décisif pour le développement affectif de l'enfant. La relation nourrice-nourrisson est conçue comme fondamentale.

La mère doit exercer une fonction de sécurisation du bébé, notamment par sa façon de le soutenir, appelée "holding". Le bébé doit pouvoir ressentir l'impression d'un lien continu avec la mère. Les pulsions de l'enfant s'expriment autour d'un stade oral, puis anal, mais il faut attendre le cinquième mois pour qu'il fasse le lien entre nourriture et excrétion. Il devient progressivement capable de supporter le temps qui s'écoule entre ses besoins et leur satisfaction.

A partir d'un an, le jeune enfant parvient à la "personnalisation", caractérisée par la mise en place progressive d'un tonus corporel adapté et de bonnes coordinations motrices. La seconde moitié de la première année est marquée par l'apparition de la "capacité de sollicitude", issue notamment de la peur de perdre la mère par effet de culpabilité. La transition entre l'érotisme oral et la relation avec les objets réels est assurée par la manipulation des objets doux ou moelleux (mouchoirs, peluches,...), qui interviennent aussi comme défense contre l'angoisse dépressive. Ils assurent en fait une transition entre imaginaire entre les objets du corps et la réalité extérieure : pour cela, Winnicott propose de les appeler "objets transitionnels". D'autres phénomènes (babillement, gazouillis) relèvent de la même fonction et sont appelés "phénomènes transitionnels". L'enfant crée la réalité extérieure plutôt qu'il ne la trouve.

Il existe une capacité d'illusion qui constitue le soubassement de l'expérience vécue. Par ailleurs, il effectue une distinction entre le vrai self et le faux self. Dans le premier cas, à la suite de soins maternels suffisamment bons, la croissance psycho-corporelle est assurée dans une unité. Le vrai self abrite ce qui est vivant et créateur chez le sujet. Par contre, quand l'unité individu-environnement n'est pas bonne, il y a risque d'empiétement de l'environnement sur la soma-psyché, caractéristique majeure du faux-self.

La guérison suppose le retour à la situation de carence qui est à l'origine du faux-self. Dans ce mouvement, l'enfant en analyse peut retrouver l'espoir d'un dégel d'une situation interne bloquée et la foi en un environnement propice à une adaptation véritable.

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Françoise DOLTO

Psychanalyse et pédiatrie (1971)

L'ouvrage s'attache particulièrement à mettre en lumière le rôle du complexe d'Œdipe dans l'étiologie des troubles psychologiques, mais aussi physiologiques de l'enfant.

L'enfant s'identifie à sa mère par l'intermédiaire d'une relation d'"aimance", qui correspond au stade oral passif. Il est à différencier du stade oral actif, au cours duquel le bébé mord. Pendant la période orale, la pensée prend le mode onirique, proche de la forme hallucinatoire. Le stade anal freudien est ensuite référencé au masochisme, et l'ambivalence ressentie à ce moment renvoie à une vision d'un monde dichotomique régi par la morale du beau et laid. Au stade phallique, les questions relatives à l'origine des enfants donnent lieu à des fantasmes, des imageries dans lesquelles la mère se trouve représentée.

Très freudienne dans son approche, F. Dolto s'écarte pourtant du maître sur le chapitre de l'angoisse de castration chez la fille. Elle ne saurait pour elle se résumer à l'envie de pénis et il existe une seconde phase, la phase viscéro-vaginale, survenant quand la fillette découvre le sens même de la procréation.

Le développement de la sexualité peut être entravé par une mère castratrice, dont l'effet est de culpabiliser le petit garçon autour des activités dérivées de sa sexualité phallique. Par peur de perdre l'amour de sa mère, celui-ci peut accepter une véritable mutilation. Par ailleurs, l'auteur suggère aux parents de ne pas attacher à la masturbation trop d'importance, car elle fait partie inévitablement du développement. Il convient de laisser aux petits une liberté intime.

L'énurésie renvoie quant à elle à l'érotisme urétral. L'enfant peut là manifester son souhait de ne pas grandir, manifester un refus d'identification au parent de même sexe, ou encore trahir l'effet d'un complexe de castration.

S'agissant d'enfants, l'analyste doit intégrer dans son dispositif thérapeutique le jeu, les dessins, l'interprétations des rêves. Il s'agit de repérer la logique subjective de leurs comportements à l'intérieur d'une relation transférentielle. L'analyste agit en aidant l'enfant à résoudre heureusement son complexe de castration, mais ne peut user d'une influence personnelle suggestive.

La condition d'une analyse personnelle suffisamment approfondie est évidemment primordiale dans toute prise en charge relevant des principes ainsi définis.

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